QUATRE THÈMES SUR LA DANSE FOLKLORIQUE

Par Michel Landry

THÉME I: Les Fêtes

De tous les temps les fêtes populaires ont semblé être le moment privilégié pour la danse dans toutes les civilisations, primitives ou contemporaines. Chez l'homme primitif, les périodes du solstice d'été et d'hiver semblent avoir été particulièrement favorisées pour la réalisation de festivités qui présentaient parfois un caractère rituel. Le solstice d'été semble, des deux, être celui qui fut le plus privilégié pour la tenue de bals et de fêtes populaires. Le mois précédant le solstice d'été, le mois de mai, est cité par tous les historiens de la danse comme étant celui qui a donné naissance à plusieurs fêtes.

Des descriptions, des gravures et des peintures du Moyen-Âge permettent aujourd'hui de reconstituer, en partie, ces fêtes. La fête de mai débutait habituellement par le choix d'un arbre que l'on baptisait le "mai" et qui était situé à l'intérieur du village ou dans une clairière située près du village. Ce "mai" constituait en quelque sorte l'élément principal de la fête autour duquel s'exécutaient toutes les danses.

Selon les siècles et les civilisations, ce "mai" s'est transformé. Parfois on choisissait un arbre déjà en place, libre de feuilles et de branches à sa base, mais touffu à sa cime. Parfois le rituel consistait à planter dans le village un arbre de la forêt la plus proche. Parfois ce "mai" était simplement un mât que l'on plaçait sur la place publique du village. Quelque soit le rituel de départ, la tradition consistait ensuite à décorer ce "mai" de guirlandes, de banderoles et de fleurs, afin de lui rendre un hommage particulier. Ensuite durant un mois complet, on organisait la fête et on dansait en rond autour du "mai".

Des documents permettent de situer cette fête comme étant une des plus vieilles fêtes populaires de l'homme. Une statuette de terre cuite, retrouvée à l'île de Chypre et datant du VIe siècle avant Jésus-Christ, illustre justement l'exécution, par trois personnes, d'une ronde autour d'un arbre. Cette statuette permet donc de croire à l'existence d'une danse de mai à cette époque. C'est durant cette époque que se sont répandus dans toute l'Europe les Celtes.

Or le calendrier celte était divisé en trois cycles. Le premier débutait le premier novembre et consistait à faire festoyer les esprits. Le second cycle débutait dans la nuit du 30 avril et durait tout le mois de mai, c'était la "Beltine". Le troisième, en août, était celui des récoltes, donc de la mise à mort des plantes où les esprits s'étaient incarnés. L'esprit du blé était incarné par un animal mythique, ours, chien, lièvre, coq, que les moissonneurs poursuivaient en avançant dans les champs en coupant les pattes (tiges de blé).

Lors de la Beltine, il était de tradition de procéder à l'érection d'un mât enrubanné sur la place commune et au choix d'une reine de mai. Les Celtes s'étant déplacés de l'Europe centrale vers toutes les directions, péninsule ibérique: îles britanniques, Italie et les Balkans, il est facile de supposer que la statuette retrouvée à l'île de Chypre soit d'origine celte. La tradition celtique de célébrer le mois de mai s'est donc répandue dans toutes ces régions de l'Europe jusqu'aux portes de l'Asie. Ce rite de mai constituait, pour la culture celte, une façon de célébrer la renaissance de la nature au printemps après l'engourdissement de l'hiver. L'arbre ou le mât, c'est-à-dire le "mai", symbolisait l'esprit de la nature à qui l'on rendait hommage et à qui l'on commandait la fertilité pour une bonne récolte durant l'été.

mai01.JPG (39026 octets)     mai02.JPG (35219 octets)

La danse du "mai"

La tradition moyenâgeuse de la fête du "mai" est donc la poursuite de la tradition celte. Cette coutume s'est perpétuée avec les siècles et les millénaires. Même Si le sens de la fête s'est transformé au fil des siècles, la tradition de danser autour du "mai" s'est poursuivie. Chez les Romains, cette fête était consacrée à Vénus et les danses étaient exécutées par les plus belles filles du village, qui s'étaient couvertes de fleurs en l'honneur de Flora, la déesse des fleurs et la mère du printemps. Chez les Grecs, les jeunes filles dansaient aussi une danse des fleurs nommée Anthema.

À la Renaissance, on retrouve, en France, la danse des Olivettes qui consistait à tresser et à détresser autour du mât les rubans fixés au sommet, en exécutant certains mouvements qui ressemblent étrangement à ceux exécutés lors de la grande chaîne dans les danses québécoises. Dans certaines autres régions de l'Europe, on nommait cette danse la danse des Cordelles. La fête de mai, les traditions qui s'y rattachent et la danse des Cordelles se retrouvent même jusqu'en Angleterre. Certains historiens anglais prétendent qu'elle serait plutôt d'origine mauresque, donc plus récente, car les Maures ont envahi l'ouest de l'Europe entre le VIle et le Xllle siècle. Une colonie de Maures se serait établie en Angleterre et y aurait, selon cette théorie, implanté la fête de mai. Quoiqu'il en soit, celte ou mauresque, la fête de mai existait en Angleterre avec une teinte locale toutefois. En effet on choisissait un "Lord" et une "Lady" de mai qui étaient personnifiés par Robin Hood et Lady Marian. Les danseurs attachaient des petites clochettes à leurs chevilles, genoux et parfois à leurs bras. Des plumes et des guirlandes complétaient le costume des danseurs. On y dansait "Greensleeves", la danse de mai ou "Sellenger's Round", qui signifie en réalité "St-Leger's Round", une des plus vieilles danses anglaises existant encore de nos jours.

Toutefois, la fête de mai n'était pas la seule fête qui favorisait chez nos ancêtres la participation à la danse. Les naissances, les mariages, les funérailles, c'est-à-dire toutes les occasions où l'on changeait de condition ou de statut, donnaient lieu à des réjouissances où la danse régnait en maître. Les rites d'initiation, chez les primitifs, se sont peu à peu transformés au fil des siècles pôur constituer au Moyen-Âge et par la suite un moment de réjouissance et de fête. Les fêtes en l'honneur des dieux et des déesses furent aussi largement célébrées.

Les fêtes du peuple étaient très différentes des fêtes de cour. Celles-ci étaient généralement plus solennelles et les danses que l'on y pratiquait étaient nécessairement à l'image des fêtes. Les danses lentes, graves et solennelles (basses danses) constituaient la majorité du répertoire des fêtes au Moyen-Âge et à la Renaissance. On y retrouvait très peu de danses vives. Les costumes lourds et souvent rigides ne permettaient pas des ébats trop rapides. On y portait souvent le masque.

THÉME Il: Les croyances et rituels

La danse a, depuis toujours, été un élément rattaché aux religions, aux rituels, bref aux croyances des peuples. On retrouve dans l'histoire de cet art de nombreuses références. On implorait par la danse un esprit ou plusieurs esprits afin qu'ils veuillent bien accorder au peuple ce qu'il demandait. Dans les tribus primitives le prêtre, ou sorcier, ou chaman, était le seul membre de la tribu autorisé à invoquer l'esprit. Avec le temps, ce dernier a accepté de partager son pouvoir avec d'autres membres de la tribu. En réalité on peut dire que la religion du primitif était inséparable de sa vie quotidienne. Ce n'était pas un exercice pieux réalisé à l'occasion. Ses croyances et ses rituels étaient intimement liés à ses actions de tous les jours. De ces actions, la danse tenait une large part.

Une des croyances, qui existait déjà à la période néolithique, consistait, à l'intérieur d'une cérémonie, à envoûter l'esprit d'un animal ou d'un gibier dont on convoitait la capture. Les danses étaient alors ni plus ni moins que des mimes rythmés ou des danses concrètes qui illustraient le plus exactement possible les situations telles que l'on voulait qu'elles se produisent. En certaines occasions on souhaitait la mort de l'animal afin de pouvoir nourrir la tribu, alors que dans certains autres cas la danse visait à envoûter l'animal afin de le prendre vivant. Dans les deux cas le chasseur était masqué afin de mieux approcher le gibier.

Lors des danses de chasse, le chaman ou la tribu mimait, avec des rythmes, des cris, des bruits et des sons, dans les moindres détails les actions de la chasse, afin d'envoûter l'esprit de la bête désirée, pour la faire tomber sous les coups du chasseur ou dans les pièges qu'il lui avait tendus. Les historiens de la danse font souvent référence à certaines danses pouvant être incluses dans cette catégorie: la danse du bison, du kangourou, de l'aigle, de l'ours, des oiseaux. Pour la danse du bison, par exemple, chacun portait sur sa tête la peau de la tête du bison ou un masque avec ses cornes. Le chasseur tenait à la main son arc ou sa lance ou l'arme qui servait à tuer le bison. La danse continuait jusqu'à ce que le bison paraisse, parfois durant deux ou trois jours sans arrêter un seul instant. Quant un membre de la tribu était fatigué, il le donnait à entendre en se penchant de tout son corps en avant et en faisant mine de tomber. Un autre alors le visait avec son arc, et il tombait comme un bison. D'autres membres s'emparaient de lui et le tiraient hors du cercle par les talons en brandissant leurs couteaux sur lui et en mimant tous les gestes qui auraient servi à l'écorcher et à le dépecer. Puis sa place était aussitôt occupée par un autre qui entrait dans la danse avec son masque. Lorsqu'il s'agissait, par contre, d'envoûter l'animal, on exécutait habituellement la danse du cheval, car c'était un animal que l'on tentait de capturer vivant afin de le domestiquer. Ces danses de croyance de chasse et d'envoûtement, pratiquées au Néolithique il y a plus de huit mille ans, se retrouvent encore aujourd'hui. Elles ont perdu avec les siècles leur sens original concret mais constituent la représentation contemporaine et plus abstraite d'anciens éléments de croyances et de rituels exercés par les tribus.

buffle.JPG (17344 octets)

La danse du buffle

Une autre croyance populaire des tribus primitives consistait à danser afin de forcer la nature à être fertile. On a voué ainsi un culte aux arbres et à la terre, dont l'homme préhistorique tirait une grosse partie de sa subsistance. Le bois des arbres était utilisé pour la construction des maisons et pour la fabrication d'armes et d'instruments de toutes sortes, alors que la terre fournissait de son côté une partie de la nourriture nécessaire à la tribu. On croyait que l'esprit des arbres et des plantes était sensible aux honneurs qu'on lui rendait et aux prières qu'on lui adressait, et qu'il favoriserait le peuple par une récolte abondante. Les danses exécutées en l'honneur de l'esprit des arbres consistaient en des rondes autour de l'arbre ou des arbres. Nous avons abordé cet élément dans le premier thème des fêtes. Les danses exécutées pour favoriser les récoltes ou la pluie étaient constituées de nombreux sauts. On attribuait au saut l'idée qu'il contribuait à la croissance des plantes en indiquant à la nature ce qu'on attendait d'elle. L'homme de l'époque de la pierre a, en plus, utilisé les danses de fertilité au sens large. C'est à dire pour toutes les situations pouvant lui amener la prospérité. À ce titre la fertilité de l'être humain fut aussi considérée et en particulier celle de la femme. Toutefois chez l'homme cette fertilité s'est aussi manifestée fréquemment à l'intérieur de danses exécutées avec des épées. L'épée était ici considérée comme un symbole phallique. Plusieurs historiens s'entendent pour dire que dans certaines danses traditionnelles l'utilisation de l'épée ne correspondait pas nécessairement à l'évocation d'un esprit guerrier, mais plutôt à un rituel et à des croyances de virilité pour l'homme. Nous voyons donc ici la danse des épées sous l'angle d'un rituel d'amour et de fertilité. Nous aborderons plus tard l'aspect des danses de guerre. Toujours au même plan de la fertilité et de la prospérité, ajoutons toutes les danses médicinales, qui avaient pour objet principal d'éloigner l'esprit de la maladie de la tribu et de donner la bonne santé à l'ensemble de ses membres. Ce rituel fut un des plus importants de la vie de l'homme primitif. Dans toutes les études réalisées sur les peuples primitifs, on cite la présence d'un sorcier qui possédait le pouvoir de chasser par la danse la maladie: le "sorcier" des tribus amérindiennes ou africaines, le "chaman" des peuplades asiatiques et esquimaudes ou le "vataf" de la caste roumaine et bulgare des calusarii, pour n'en citer que quelques-uns. Ces rites d'exorcisme s'accompagnaient toujours de beaucoup de bruits réalisés par des instruments et des grelots, qui possédaient des vertus prophylactiques d'éloigner les mauvais esprits.

Un autre élément vital pour l'homme primitif fut le feu. Le feu donna naissance à un culte particulièrement important qui s'est perpétué avec les siècles. Certains historiens prétendent que les feux de joie contemporains, comme ceux de la St-Jean, seraient la réplique actuelle des rituels réalisés durant la période néolithique. Il est certain que ce culte du feu a donné lieu à des danses dont quelques-unes sont parvenues jusqu'à nous. Ces danses du feu sont excessivement simples, et leur forme même témoigne de leur haute antiquité. Il s'agit tout simplement de rondes ou de chaînes, fermées ou ouvertes, se déroulant autour d'un feu allumé dans un endroit convenable.

Dans plusieurs autres circonstances l'homme antique a utilisé la danse à l'intérieur de rituels et de croyances. Les rites d'initiation constituent un autre exemple qu'il est important de citer. On célébrait par un rituel très précis le passage d'un enfant dans le monde adulte. La danse faisait toujours partie intégrante de ces rituels. Ces rites s'adressaient principalement aux garçons

Pour conclure sur les croyances et les rituels de l'homme primitif, on peut dire qu'ils étaient nombreux et faisaient partie de sa vie quotidienne. La danse y tenait une large part. C'est pourquoi plusieurs historiens de la danse prétendent que la majorité des danses traditionnelles trouvent leurs origines lointaines dans des exercices religieux et que l'ensemble des croyances et des rituels des peuples primitifs est l'élément qui a contribué le plus à la transmission des danses anciennes jusqu'à aujourd'hui. La danse a donc été un élément essentiel au culte de l'homme primitif.

Avec les siècles et les civilisations ces différentes croyances se sont perpétuées. Certaines furent transformées, certaines autres se rajoutèrent. Le feu, par exemple, donnait lieu, chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, à un culte particulier. Il était de coutume d'éteindre le feu au début du mois de mars de chaque année pour en rallumer un nouveau en concentrant sur un point la chaleur solaire; c'est-à-dire en recourant au dieu du feu lui-même. Chez les Romains, des prêtresses vierges, les Vestales, étaient chargées d'entretenir le feu sacré de la cité. Mais le feu ne se conservait pas uniquement dans le temple de Vesta, mais aussi dans chaque maison particulière, près de la porte, dans le "stabulum vestae", demeure de Vesta, qui a donné son nom à nos vestibules. Le rite du feu se transformait donc selon la civilisation.

Au chapitre des nouvelles croyances, citons particulièrement les découvertes réalisées par les Égyptiens en matière d'astronomie. On sait que dès cette civilisation, on connaissait déjà le mouvement de plusieurs planètes et astres. C'est en Égypte que l'on retrouve les premières danses astrales. Ces danses qui illustraient le mouvement des étoiles et des planètes étaient en réalité de véritables ballets. C'est ainsi que l'on cite la danse du soleil, où les danseurs tournaient lentement sur un cercle dans le sens solaire. Sachant que la façon de situer les quatre points cardinaux existait chez les Égyptiens, il est facile de réaliser que les déplacements de cette danse s'exécutaient vers la gauche, car de la terre on voit le soleil se déplacer de l'est à l'ouest en passant par le sud.

soleil.bmp (175774 octets)

Bref, qu'elles soient égyptiennes, grecques ou romaines, les danses réalisées par ces trois grandes cultures possédaient presque toutes des racines reliées aux croyances populaires et aux rituels religieux du peuple. En réalité toutes les civilisations ont eu, à un degré plus ou moins élevé, des croyances et des rituels auxquels étaient rattachées des danses, des chansons et de la musique. Le degré de symbolisme représenté dans ces danses est directement proportionnel à l'évolution même de la culture. Plus la culture est primitive plus les danses sont concrètes, plus la culture est évoluée, plus les danses tendent vers l'abstraction. Ce degré d'évolution est très différent d'une culture à l'autre. Les Amérindiens, par exemple, rencontrés par les premiers colonisateurs français, possédaient des croyances et des rituels dansés qui se rapprochent de ceux de l'homme préhistorique d'Europe. Aujourd'hui, encore chez certaines tribus indigènes, les GaI las d'Afrique par exemple, la croyance est généralement répandue que les arbres ou les esprits des arbres produisent la pluie et le soleil, qu'ils font pousser les récoltes et c'est pourquoi les indigènes dansent en couple autour des arbres sacrés en implorant une abondante moisson.

Toutefois ces croyances et ces rituels possédaient une grande stabilité de temps à l'intérieur de la civilisation où ils existaient. La connaissance jusqu'au XIXe siècle s'est répandue très lentement, car on ne disposait pas, avant cette période, de technologie moderne de diffusion. Le développement de l'imprimerie à partir du XVe siècle fut un élément de première importance pour la diffusion de la connaissance. Mais, encore, fallait-il savoir lire. C'est pourquoi il est généralement plus facile de retrouver aujourd'hui ces croyances et ces rituels à l'intérieur des civilisations qui n'ont pas été transformées par la civilisation moderne.

Ces croyances antiques se sont perpétuées au fil des civilisations. On les retrouve encore au Moyen-Âge. Durant cette période les danses, d'abord tolérées par la religion chrétienne, furent par la suite condamnées sans succès par de nombreux conciles comme étant des activités païennes. On retrouve dans certaines églises d'Europe des fresques murales illustrant des danses exécutées à l'intérieur des églises. Les peintures, à cette époque, permettaient aux illettrés de connaître ce que les livres ne leur permettaient pas d'apprendre. Ces peintures représentaient, en plus, des danses exécutées dans les cimetières, que les historiens ont nommé les danses macabres. Ces danses faisaient partie d'un rituel qui consistait pour les vivants, à entrer en relation avec les morts par la danse. Ces rituels de danses macabres furent proscrits par la religion chrétienne comme étant un acte de sorcellerie et l'on peut penser qu'elles constituent une raison pour laquelle de nombreux conciles ont proscrit la danse sous toutes ses formes. Charlemagne proscrivit, en plus du clergé, l'habitude de danser dans les cimetières. Toutefois, nous ne croyons pas utile de pousser plus loin les explications sur cet aspect, ne favorisant pas son utilisation auprès des enfants du primaire. Par contre, il conviendrait de préciser qu'il n'y a pas eu dans le christianisme de danses faisant partie intégrante du culte, ni de danses proprement liturgiques. Ces exercices, lorsque permis par le clergé, étaient simplement regardés comme agréable à Dieu, à qui on offrait des chants et des danses plus populaires que liturgiques. Certaines autres religions ont utilisé directement la danse à l'intérieur de leurs rituels. C'est le cas des Derviches, secte musulmane, des "Jumpers" d'Australie et d'Angleterre et des "Shakers" de Lebanon en Pennsylvanie, qui s'adonnent à des rites invraisemblables de sauts, de bonds et de pas extravagants.

En résumé, l'on pourrait dire que depuis le début de l'ère chrétienne, la danse fut regardée d'un œil suspect par la religion qui la tolérait et la défendait selon les conciles, les papes et les évêques. Mais elle ne fit jamais partie intégrante du culte chrétien.

Le peuple a véhiculé les croyances ancestrales, et on retrouve au Moyen-Âge, à la Renaissance, à l'époque classique et même encore aujourd'hui certaines danses rituelles primitives. Ainsi la danse d'envoûtement du cheval, exécutée au néolithique, se retrouve encore dans les danses traditionnelles de nombreux pays tels la Belgique, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Autriche, le Tyrol, l'Allemagne, la Prusse, la Bavière, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Slovénie, la Bulgarie, la Bohème, l'U.R.S.S., l'Arabie, Java, le Brésil, l'Indochine, la Chine, et chez les Amérindiens. Cette danse a pris, selon la culture où elle est exécutée, une saveur particulière. Dans certaines civilisations, elle se présente comme un jeu qui ne possède absolument plus le caractère initial d'envoûtement. Parfois il y a un mannequin en forme de cheval autour duquel les danseurs tournent en dégainant leurs armes afin de l'exciter. Parfois on retrouve un homme monté sur un cheval de carton qui fait des mouvements en cadence, tandis qu'un autre danseur présente de l'avoine à ce cheval. Enfin on retrouve avec le cheval un Arlequin, qui représente le sorcier, le féticheur masqué du néolithique envoûtant le cheval pour le capturer vivant. Même cette coutume de porter des masques aux bals vient des masques que portaient les sorciers et les membres de la tribu pour les danses de rituels.

derviche.JPG (26247 octets)

Les derviches d'Égypte

La presque totalité des traditions de danse du XXe siècle prend ses sources de croyances et de rituels traditionnels d'origine religieuse. Il est encore de tradition aujourd'hui de danser lors d'un mariage, tout comme il existait jadis un rituel dansé d'initiation et de fertilité pour les hommes et les femmes au néolithique. On danse après les principales fêtes religieuses, baptême, funérailles parfois, Noël, Jour de l'an, Pâques. On danse au début de l'été, à la Saint-Jean, parfois à la fin de l'été, à la période des récoltes. Avec les siècles des circonstances de danse se sont transformées en activités sociales, mais elles sont directement originaires de croyances et de rituels religieux ancestraux.

Nous nous sommes malheureusement limités à l'étude des influences des religions occidentales. Chez les religions orientales, la danse est une réalité encore plus grande et plus vivante.

tarentelle.JPG (26260 octets)

La Tarentelle

THÉME III: Les Métiers

La fin de l'époque médiévale et le début de la Renaissance représentent une époque florissante pour la danse. Durant le XIVe et XVe siècle, la société de ce qui est convenu de nommer aujourd'hui l'Europe était composée de quatre classes très distinctes. Il y avait les nobles, les bourgeois, les artisans et les paysans. Ces classes étaient très hermétiques et il était rare de voir une personne changer de classe. Un enfant d'artisan risquait fort de devenir artisan lui-même, tout comme le fils d'un roi avait de bonnes chances de devenir roi ou prince. Or à cette époque, chaque classe possédait ses propres danses. La noblesse s'adonnait aux basses-danses (danses nobles), parmi lesquelles on retrouvait la pavane, la gaillarde, la volta, la courante, l'allemande, la gavotte et quelques branles, tels le branle simple, double, le branle gai, le branle de Bourgogne et le branle des Brandons. L'apprentissage de ces danses nobles faisait partie de l'éducation des courtisans, hommes et femmes.

Les artisans et les paysans s'adonnaient pour leur part aux danses hautes (par en haut ou baladines). Ces artisans étaient regroupés en corporations qui n'étaient ni plus ni moins que les ancêtres des syndicats actuels. Ces corporations avaient établi certaines journées de l'année comme étant celles réservées pour célébrer leur travail particulier. On s'adonnait alors à des pantomimes et à des danses qui illustraient les mouvements exécutés par les artisans de la corporation. Dans plusieurs cas ces mouvements étaient accompagnés de chants dont les mots illustraient encore plus le travail des artisans. Ces corporations possédaient habituellement une hiérarchie. On y entrait comme apprenti. Plus tard on accédait au titre de compagnon. Finalement dans chaque région on retrouvait un maître artisan dans chaque discipline. Les danses de la corporation étaient exécutées par les apprentis et parfois par les compagnons.

La danse des épées était souvent utilisée lors du rituel qui consistait, dans une corporation, à marquer le passage des ouvriers dans les divers échelons du métier. Les ouvriers devaient prouver par leur habileté qu'ils étaient dignes d'accéder à un échelon plus élevé. Cette tradition est la poursuite des rituels primitifs d'initiation sexuelle, lors du passage de l'enfance à l'adolescence et à la vie adulte, où l'épée était perçue comme un symbole phallique. Dans certaines corporations l'épée fut remplacée par un autre instrument, plus représentatif du travail de la corporation. Ce changement illustre bien la transformation du rituel en un examen de promotion. Parmi ces instruments qui ont remplacé l'épée, citons le bâton, le foulard, le mouchoir, les fétus de paille. Parfois même l'épée traditionnelle était transformée et on y ajoutait une autre poignée à la place de la lame, afin de permettre à deux artisans de tenir la même épée sans risque de se blesser. Parfois aussi les danses de corporations s'exécutaient sans instrument aucun.

Nous avons essayé de retracer les corporations qui possédaient des danses caractéristiques propres. La liste qui suit n'est sûrement pas exhaustive, mais permet de réaliser l'ampleur du sujet.

À Perth, en Angleterre, les gantiers possédaient des danses où l'épée était remplacée par un outil à gratter les peaux. A Flamborough, les pêcheurs avaient des lattes de bois qui servaient au tressage des cordages. Les pêcheurs anglais exécutaient une danse caractéristique, le Hornpipe, qui est considérée comme étant la danse nationale anglaise. Les laitières possédaient une fête particulière, le 29 du mois de mai, où elles exécutaient leurs danses. En Irlande, les lavandières possédaient leur chanson et leur danse propre, "The Irish Washerwoman" que l'on retrouve encore aujourd'hui. Les pêcheurs écossai s exécutaient "The Salmon Dance", la danse du saumon, qui consistait à imiter les sauts et les mouvements de ce poisson. Plus récemment, en 1825, Les ramoneurs de cheminées eurent aussi droit, à Londres, à leur fête où on retrouva leur danse. Cette tradition fut immortalisée dans le film de Walt Disney, "Mary Poppins".

laitiere.JPG (38793 octets)

La danse des laitières du 1er mai

Sur le continent, les habitudes étaient identiques. En Allemagne, par exemple, chaque corporation possédait sa danse caractéristique. On retrouve ainsi Schafflertanz, la danse des tonneliers. On retrouve la danse des tailleurs, des charpentiers, des pelletiers et cordonniers, des forgerons, des bouchers, des mineurs, des bottiers, des couteliers, des maîtres d'armes, des marins, des tisserands, des vignerons, des forgerons, des laboureurs, des boulangers et des soldats. Les paysans possédaient, en plus, une danse. En Autriche, on retrouve une danse des forestiers qui s'exécutait avec un bâton: Wischtanz. On retrouve aussi une danse des forestiers en Suède: Skobodam. En France, on retrouve des danses de corporations où l'épée est parfois remplacée par le bâton ou par le cerceau. Parmi les danses de corporations de France, citons la danse des mineurs de sel, des ouvriers du fer, des tisseurs de corde et quelques branles, le branle des lavandières et des ermites.

hornpipe.JPG (18478 octets)

Le Hornpipe des marins

Cette tradition que possédait chaque corporation d'exécuter sa danse est beaucoup plus récente que les traditions des deux thèmes précédents, les fêtes et les croyance-rituels. Les trois sont toutefois intimement reliés car la danse d'un groupe d'artisans est la reconstitution, à la Renaissance, des rituels antiques d'initiation. De plus à l'époque de sa popularité, cette danse était exécutée à l'intérieur de la fête de cette corporation. Il est donc important de se rappeler qu'il existait dans la vie quotidienne une très grande relation entre les thèmes que nous traitons ici de façon séparée.

THÉME IV: Les danses guerrières

Si l'homme de la période néolithique a exécuté des danses de rituel de chasse afin de pouvoir tuer ou capturer l'animal qu'il convoitait, on peut facilement supposer qu'il a pu exécuter des danses de rituel de guerre pour souhaiter la mort de l'ennemi, dont il convoitait les terres et les richesses, ou bien pour se défendre contre l'ennemi qui désirait s'approprier des siennes. Sans posséder de preuves formelles de ce rituel chez l'homme de la préhistoire, nous pouvons en déduire l'existence en voyant les rituels de guerre des peu peuplades primitives amérindiennes et africaines. La vie du primitif était très rude et l'on peut supposer que les guerres étaient nombreuses dès cette époque. Connaissant la place qu'occupaient, chez lui, les croyances et les rituels, il est possible de se le représenter exécutant une danse concrète de guerre pour envoûter l'esprit de son ennemi afin de le tuer. On retrouve chez les tribus amérindiennes des danses de guerre qui sont accompagnées du battement effréné du tambour et des cris des participants. Ces danses servaient généralement de préparation en vue de l'attaque de l'ennemi. On y atteignait un certain point d'excitation qui favorisait le développement du courage et de la force du guerrier. Durant le temps d'absence des guerriers, les femmes, les enfants et les hommes âgés de la tribu, exécutaient d'autres formes de danse afin d'assurer le retour en vie des guerriers. Au retour, on y exécutait des danses funèbres, en l'honneur des guerriers morts à la bataille et d'autres danses afin de célébrer la victoire.

Toutefois c'est en Grèce antique que l'on retrouve officiellement les premières danses guerrières. Parmi celles-ci on retrouve la Gymnopédie, la Laconienne, la Hormos, la Mycène et la plus célèbre, la Pyrrhique. Ces danses guerrières avaient pour but d'exalter les vertus guerrières des soldats. La Gymnopédie était dansée par deux groupes d'adolescents et d'enfants, nus, qui chantaient en dansant. C'était une danse de procession. Les meneurs de la danse étaient appelés "Tyrrhéatics" en mémoire de la victoire de Tyrrhé et ils portaient une couronne de lauriers. La Laconienne était composée de trois chœurs, représentant le passé, le présent et le futur, et était exécutée pour donner aux soldats, la force et l'agilité nécessaires pour utiliser leurs armes: lance, bouclier. Elle était accompagnée de chants.

Les vieillards débutaient ainsi:

"Jadis nous étions jeunes et heureux comme vous vaillants, audacieux et actifs en plus"

Les jeunes hommes répondaient:

"C'est maintenant notre tour, vous verrez nous n'avons jamais été aussi méritants que vous."

Et les enfants enchaînaient:

"Le jour viendra où nous vous montrerons des faits qui surpasseront tout ce que vous avez fait."

La Hormos était une danse guerrière gracieuse et vivante.

vikings.JPG (37112 octets)

La danse des sabres des Vikings autour des cornes sacrées (époque 900)

Elle était formée de garçons et de filles en alternance, décrivant un serpentin. Les garçons essayaient de se surpasser les uns les autres en exécutant une variété de mouvements et de positions guerrières. La partenaire suivait avec des pas gracieux. Un meneur dirigeait les mouvements au son de la lyre. Cette danse était caractérisée par le contraste entre le courage des soldats et la féminité des partenaires. La Mycène était une autre danse. Celle-ci était exécutée par les soldats qui effectuaient des mouvements avec leurs boucliers, le tout au son de la flûte. La plus célèbre des danses guerrières de la Grèce antique est la Pyrrhique. D'après les lois de Sparte, tous les garçons de plus de cinq ans devaient l'apprendre et participer aux exercices sur la place publique. Elle était exécutée au son de la flûte par des danseurs en armure de guerrier qui simulaient des actions de guerre, incluant les mouvements d'attaque et de défense. Cette danse était divisée en quatre parties: 1) le Podisme, constitué de mouvements rapides des pieds, qui étaient nécessaires pour avancer sur l'ennemi ou même parfois pour s'enfuir; 2) le Xiphisme ou la bataille simulée; 3) Le Kosmos, où l'on exécutait des sauts très élevés, afin de s'entraîner à franchir des obstacles ou des murs; et finalement 4) le Tetracomo, figure lente et majestueuse exécutée en carré. Dans les premiers temps cette danse était exécutée par les hommes seulement, plus tard une partenaire fut jointe à chaque soldat. Platon considérait cette danse comme étant une des deux plus belles danses de la Grèce.

Les danses de guerre ne semblent pas avoir été utilisées par les Romains. Toutefois, au Moyen Age, on retrouve en Europe une danse des épées que certains historiens associent à une danse de guerre. Cette théorie est toutefois niée par certains autres historiens qui prétendent au contraire qu'il s'agit d'une danse de rituel d'initiation. Sans prétendre vouloir trancher le litige, nous traiterons de cette danse à l'intérieur du présent thème.

On retrouve une danse des épées dans les danses traditionnelles de presque tous les pays d'Europe et de plusieurs pays d'Amérique. Ainsi, on retrouve cette danse en Belgique, en Autriche, en Tchécoslovaquie, en Russie, en Allemagne, en Suède, en Écosse, en Bretagne, en Espagne, en France, dans les Pays Basques, en Grande-Bretagne et au Mexique. Dans le cas du Mexique la chose est facilement compréhensible, car on sait qu'il fut colonisé par les Espagnols. On la retrouve en plus en Macédoine, en Italie, aussi bien en Sicile qu'au Piémont, et en Hongrie.

sabres.JPG (16808 octets)

La danse des sabres

On retrouve dans ces différents pays des caractéristiques identiques pour l'exécution de cette danse. Ainsi la danse est presque toujours exécutée par des hommes, qui sont vêtus de blanc et qui jonglent avec une ou des épées. Parfois l'épée est remplacée par un bâton. Les danseurs portent habituellement un chapeau fleuri, des rubans et des clochettes attachées aux jambes. Sur le plan du déroulement, on retrouve aussi des traits communs à chaque pays. La danse s'exécute en forme de chaîne, c'est-à-dire de ronde. Chaque danseur est relié à celui qui le précède et à celui qui le suit par l'épée. Dans certaines parties de la danse, cette ronde ne devait pas se rompre. Cette formation de ronde ne constituait qu'une partie de la danse. Dans d'autres parties de la danse, on faisait une sorte de pont avec les épées, on passait sous le pont, on sautait par dessus les épées, on formait une "rose" en croisant les épées, on passait sous la rose, on sautait sur la rose, on plaçait les épées autour du cou d'un danseur qui était appelé "le capitaine", on simulait un combat, on tuait le capitaine, on élevait le capitaine debout sur la rose. Parfois encore les danseurs exécutaient des moulinets au dessus de leurs têtes avec les épées.

Cette danse était exécutée dans les rues ou sur les places publiques, devant les monuments municipaux ou les habitations de personnes importantes, religieuses ou civiles. Mais il y en eut aussi à l'intérieur des bâtiments municipaux, des salles de fêtes et de bals, des marchés et dans les salles d'armes. Toutefois la documentation consultée ne précisait pas Si la danse des épées était un rituel spécifiquement militaire exécuté par des soldats ou une danse de guerre exécutée par le peuple.

valaques.JPG (52508 octets)

Soldats valaques dansant au son d'une musique tzigane

Néanmoins nous retrouvons au XVIIIe et au XIXe siècle la danse comme partie intégrante de la formation des officiers de la marine de guerre et de l'armée de terre en Europe et aux États-Unis. Ainsi à l'époque de Louis-Philippe (1830-1848) en France, des exercices chorégraphiques régimentaires donnaient lieu même à des examens et à la délivrance de brevets de danse. À West-Point, les futurs officiers de l'armée américaine participaient à la fin du XVIIIe siècle à des activités de danse. Les historiens ne s'entendent pas non plus ici sur l'objectif de ces exercices. Certains prétendent qu'ils visaient à assurer au futur soldat un certain statut social, lors des réceptions régimentaires, alors que certains autres pensent qu'ils étaient destinés à donner aux recrues et aux sous-officiers la souplesse indispensable au corps-à-corps. Disons que la danse permettait d'atteindre les deux objectifs.